L'abondante littérature et les nombreux films consacrés aux mauvais garçons américains influencent rapidement la jeunesse européenne dans la deuxième partie des années cinquante. En Grande Bretagne on constate l'apparition de bandes délinquantes avec notamment les Teddy- boys dès le début des fifties. Ces gangs structurés par des codes culturels et sociaux apparaissent en rupture radicale à la fois avec le mode de vie de leurs parents et avec la musique écoutée par le plus grand nombre, ils représentent la première manifestation d'une subculture jeune dans l'Angleterre d'après guerre.
Les Teddy-Boys sont les premiers à s'identifier aux modèles culturels américain tout en gardant une certaine " britannité " avec leurs costumes. l'Angleterre les découvre officiellement en septembre 1953, lorsque la presse qualifie ainsi de jeunes criminels élégamment vêtus. Issu de la classe ouvrière britannique, les Teddy boys sont les héritiers des Cosh-boys, voyous londoniens d'après guerre auquel ils ont emprunté leurs looks Edwardien. Une tenue qui se caractérise par le port d'une longue veste de laine à col et revers de velours aux nombreuses poches pratique pour planquer armes et alcool, porté avec un élégant gilet. Cette tenue vestimentaire empruntée par provocation à une classe sociale supérieure était en vogue durant le règne d'Édouard VII (1901/10). Par extension Teddy qui était le surnom du roi Edouard est à l'origine de leur surnom. En fait cet habit est plutôt un croisement du style " Edwardien " avec le costume " zoot-suit " porter par les chicanos qui se sont battus avec la police lors des émeutes de Los Angeles en 1943. (26) Leurs pantalons très serrés étaient coupés court pour mieux voir leurs chaussettes de couleur portées avec des chaussures à semelle de crêpe. Les filles surnommées Teddy- girls adoptent de préférence le pantalon corsaire, mais n'hésitent pas à porter des vestes à col de velours et la cravate western.
Avant l'émergence des Teddy boys, les jeunes ouvriers portaient en semaine leurs tenues de travail et revêtaient leurs habits du dimanche ce jour là. Il n'existait alors pas d'habit spécifique pour les adolescents.
La coiffure des garçons est un autre emprunt aux zoot suiters latinos, cheveux graisseux style " pompadour ", la banane sur le front et les cheveux ramenés en arrière en forme d'aile de canard nommé D.A. (Ducks arse).
Dans leurs poches, l'accessoire essentiel pour maintenir la coupe dans un état impeccable, un peigne en métal. Dès l'été 1954 ont lieu les premiers concours du plus beau costume de " Ted " fait sur mesure chez les tailleurs. Un costume que les tailleurs facturaient autour de 100 livres alors qu'un jeune qui travaillait ne gagnait qu'entre 5 à 12 livres par semaine.
Les Teddy Boys ne se manifestaient pas seulement par leur élégance, ils se faisaient surtout remarquer par leurs actes de vandalismes et de violences. Suite a de violentes batailles entre bande rivales en 1954, la police du former d'urgence de nouvelles unités dans de nombreuses villes anglaises.
La projection du film " Rock around the clock " dans les salles britanniques en 1956 donne lieu a de nouvelles manifestations de vandalisme de la part des Teddy Boys; destruction des sièges des salles de cinéma, émeutes dans les rues de Londres.
Pour la société adulte les mots teenager et délinquant deviennent rapidement synonyme. Bien que les actes des Teddy Boys aient été souvent exagérés par la presse, leurs tenues provocatrices vont être rapidement synonymes de troubles et de ce fait bannies des halls de danse et de nombreuses écoles. Les jeunes militaires en permission se virent également interdire par leurs supérieurs de revêtir cet uniforme.
De nombreux gangs de Teddy Boys étaient racistes, certains rejetaient même le rock and roll noir et s'attaquaient aux jeunes émigrés jamaïquains à Notting Hill à West London, où de sérieux affrontements ont lieu durant l'été 1958. Ces émeutes raciales entachent leurs images et après avoir connu leur pic de popularité en 1956, les Teddy boys disparaissent au tout début des années soixante victimes de la répression et de la ségrégation dont ils furent victimes. La plupart fondent une famille après leurs deux ans de service militaire entre 18 et 20 ans, tandis que les rescapés vont revêtir le blouson de cuir des Rockers. Si les précurseurs des Teddy boys les Cosh boy ont eu leur film, le cinéma anglais s'est peu intéressé aux Teddy Boys.
Lorenza Mazzetti qui voulait faire un film sur le sujet, y a renoncé après que la commission de censure du cinéma britannique l'informa que le film se devait être une condamnation sans équivoques des agissements des Teddy Boys.
Helbert Wilcox aborde le problème de la jeunesse délinquante en 1956 avec “My teenage daughter” rebaptisé “Teenage bad girl” aux USA. L'histoire d'une jeune fille Janet (Sylvia Sims) qui rencontre un voyou avec lequel elle va commettre un crime. Wilcox tournera aussi l'année suivante “The Dangerous youth” (“Les années dangereuses”) avec le chanteur Frankie Vaughan qui campe un membre d'un gang de Liverpool en bute avec les autorités et finit chanteur de rock. Incorporé dans l'armée, il est impliqué dans un meurtre lors d'une bagarre. Avec « Violent Playground » également tourné à Liverpool en 1957,le réalisateur Basil Dearden marche sur les traces de Richard Brooks démarrant son film avec en fond sonore un rock and roll alors que des gamins chahutent dans la rue. Dans le scénario, un policier qui enquête sur un incendie criminel soupçonne Johnny (David Mc Callum) chef d'un gang de Teddy boys amateur de rock and roll. Démasqué, Johnny va prendre une classe en otage. La finalité de “Violent Playground” était de démontrer l'échec des mesures libérales concernant les Teddy Boys violents et qu'il fallait privilégier la punition et la répression.
Aux antipodes, dans le Commonwealth britannique les Teddy boys font des émules jusqu'en Australie et en Nouvelle Zélande ou ils sont surnommés : Bodgies et Widgies.
26 - Curieusement les zazous français portaient une tenue similaire durant l'occupation. Certain émigrés Jamaïquains arrivés en Angleterre en 1948 portait des costumes Zoot suits et on peut penser que le look Edwardien des teddy boys est une adaptation de la tenue que portait ces jamaïquains